Paris, reportage
Leur deux banderoles ont été bricolées avec les vestiges d’un vieux store, le temps d’une pause déj’. Une conception de bric et de broc trahissant un certain amateurisme en la matière. « Pour certains d’entre eux, il s’agit-là de leur première grève », sourit Brian Padilla, cosecrétaire de la CGT Muséum et chercheur en écologie depuis une petite décennie.
Le 7 février, les bibliothécaires — qui rassemblent plusieurs professions, telles que magasinier ou conservateurs — du Muséum national d’histoire naturelle tiendront un piquet de grève au Jardin des plantes du 5e arrondissement de Paris. Une mobilisation reconductible chaque samedi pour exiger une augmentation immédiate et pérenne de leurs salaires.
En comparaison à leurs homologues de l’enseignement supérieur, ces employés de l’un des plus anciens établissements scientifiques au monde perçoivent des salaires 11 à 15 % inférieurs. Un manque à gagner aux répercussions directes : « Nous avons de plus en plus de mal à convaincre de nouvelles recrues, déplore Nathalie Charrier-Arrighi, conservatrice en chef des bibliothèques. Qui accepterait un poste sous-payé ? Pas étonnant que le turn-over [dans l’équipe de 75 bibliothécaires] soit si fort. Les nouveaux arrivent, et partent au bout de six mois. »
L’un des trois plus grands fonds sur Terre
Extirpant un badge de sa poche, Sophie déverrouille l’entrée du secteur consacré à la géologie. L’une des quatorze bibliothèques spécialisées que compte le Muséum. Arrivée il y a une trentaine d’années comme secrétaire, elle s’occupe aujourd’hui de ce labyrinthe monté sur trois étages, débordant de bouquins et de cartes indéchiffrables pour un novice.
Connaître sur le bout des ongles toutes les archives que recèle ce laboratoire lui a demandé un certain nombre d’années. « Que se passera-t-il le jour de mon départ à la retraite ? Comment…
Auteur: Emmanuel Clévenot

