Une majestueuse falaise de calcaire surplombe l’Ardèche. Quelques cordes multicolores accrochées à son sommet pendent dans le vide. En bas, sur la vire, des grimpeuses et des grimpeurs profitent des derniers rayons de soleil qui enflamment la paroi du cirque de Gens avant de ranger leur matériel. Nous sommes dans l’un des sites d’escalades les plus connus d’Ardèche. Un lieu sauvage et majestueux, au cœur d’une polémique qui oppose naturalistes et grimpeurs.
En mai 2023, la mairie de Chauzon, propriétaire d’une partie de la falaise, a décidé de supprimer une soixantaine de voies d’escalade sur les 313 lignes existantes. Ce faisant, elle espère le retour de l’aigle de Bonelli, une espèce menacée qui pourrait nicher dans ses anfractuosités. Cette décision a déclenché la colère d’associations sportives, notamment la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), qui a dénoncé un manque de concertation et a attaqué l’arrêté du maire en justice. Leur requête a été rejetée par le tribunal administratif de Lyon le 7 mai 2025.
Pour comprendre pourquoi certains grimpeurs refusent de partager leur terrain de jeu avec des aigles, il faut remonter dans le temps. Dans les années 1980, une poignée de passionnés ont commencé à équiper des falaises — à Chauzon comme ailleurs — sans autorisation ni étude environnementale. Chaussons aux pieds et perforateurs au baudrier, ils ont planté leurs pitons sur les plus belles lignes de la paroi du cirque de Gens. Au fil des années, près de 313 voies ont été ouvertes, réparties sur environ 700 mètres de long.
À l’époque, aucun aigle ne volait dans ces cieux. « Les falaises ont été investies par les grimpeurs au moment où l’espèce était au plus bas de sa population », explique à Reporterre Alain Ravayrol, grimpeur et naturaliste, spécialiste de Bonelli. Mais 40 ans plus tard, la situation a changé. 46 couples de ce…
Auteur: Laury-Anne Cholez

