Pure maladresse ou énorme provocation ? Dans une communication interne plutôt audacieuse, au beau milieu d’une négociation sur un plan social d’envergure, qui prévoit jusqu’à 400 suppressions de postes sur l’ensemble des journaux du groupe Ebra, la présidente du groupe de presse Sophie Gourmelen a informé les salariés, ce mardi 23 septembre, du lancement dès le mois d’octobre, par le Crédit Mutuel, d’un think tank consacré à la lutte contre la désinformation. Difficile d’imaginer pire calendrier pour une telle annonce, alors que le groupe Ebra s’apprête à supprimer plusieurs centaines de postes de journalistes dans ses neuf quotidiens régionaux, en détruisant le métier de secrétaire de rédaction, dont les tâches (relecture, correction, réécriture, mise en page) seront confiées à plusieurs outils d’intelligence artificielle.
Baptisé la « République des Lecteurs », ce « laboratoire d’idées et d’actions », composé d’une douzaine de personnalités, aura pour mission d’œuvrer pour la « qualité de l’information », pilier du fonctionnement des démocraties. Selon les termes du communiqué interne, l’idée générale du projet serait de permettre à chacun « d’accéder à une information fiable », et de « comprendre comment elle est produite », ceci afin de « développer l’esprit critique face aux transformations de l’information », et de « faire vivre un débat public ouvert sur les grands enjeux de société ».
Dommage que l’entreprise ne s’applique pas à elle-même ses beaux principes : le groupe Ebra n’a nullement l’intention d’informer ses lecteurs du fait qu’une grande partie de ses contenus auront été relus, corrigés et parfois reformulés par des machines, la supervision humaine de toute la production éditoriale étant assurée par des « valideurs ».
A propos de désinformation, le contraste est saisissant entre les…
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