La Croix : Dans quel état psychologique se trouvent les personnes qui vous entourent et comment cette tragédie risque-t-elle de les affecter à l’avenir ?
Saïd Mohammed Kahlout : La situation est extrêmement difficile pour la psyché humaine. L’angoisse du lendemain, pendant la guerre, devient une obsession – sans qu’il soit possible de l’expliquer ou d’y apporter des réponses. Comment répondre, demain, aux exigences fondamentales de survie et de dignité des Palestiniens de Gaza ? Comment trouver à manger, se laver, où dormir ?
Pris dans cette nasse, les gens souffrent d’anxiété accrue, de dépression et font des crises de panique. Nombreux sont ceux à avoir des symptômes de stress post-traumatique. Ceux qui parviennent encore à dormir sont réveillés dans la nuit par des cauchemars ou des hallucinations.
La situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui souffraient de troubles mentaux avant la guerre et n’ont plus accès à des soins ou à des médicaments. On observe une forte augmentation des pensées suicidaires. En tant que spécialiste de la santé mentale, je demande au monde d’avoir pitié d’eux et de leur permettre un accès à des soins psychiatriques, car la seule structure spécialisée dans ces pathologies à Gaza a été détruite.
Pensez-vous que la population gazaouie ait besoin, en ce moment, de conseils et d’orientations en matière de santé mentale ?
S. M. K. : Jamais Gaza n’avait connu une telle situation lors des guerres passées. Ces bouleversements constituent des sources de pression psychologique inédite pour les habitants. Le génocide, la destruction de maisons, le déplacement forcé des survivants vers des régions lointaines, la vie sous tente, l’absence de réponses au minimum vital… Les gens ont besoin de conseils pour s’adapter, comme ils peuvent, et du mieux qu’ils peuvent, à l’angoisse permanente à laquelle ils sont confrontés.
Je leur…
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Auteur: Recueilli par Vinciane Joly

