En 1844, dans l’île Walpole (Ontario), des orateurs des peuples Anishinabés des Grands Lacs, réfugiés là, tiennent tête aux jésuites venus évangéliser.
Le discours de l’autre, du « sauvage », est un genre littéraire en soi, par exemple depuis le Calgacus calédonien de Tacite ; il a connu une fortune particulière depuis la Renaissance, au point que certains auteurs de notre temps (Wengrow et Graeber) y voient un ferment, voire un élément déclencheur des Lumières européennes : ce discours de l’extérieur sur l’intérieur, par construction, est critique. Mais le plus souvent, il est aussi fictif.
Les orateurs Anishinabés de La Résistance de l’herbe ne sont pas de nouveaux Usbek et Rica : la rencontre de l’île Walpole, bien réelle, a été transcrite par l’immigrant missionnaire, aussi fidèlement que ce que permettent la traduction et la mémoire immédiate, dans des lettres qui ont été conservées. Bien malgré lui, le jésuite Chazelle a ainsi documenté l’argumentation abondante du rejet vif, articulé, presque goguenard, de la modernité terrible qui s’annonce. La Résistance de l’herbe revient sur ce moment crucial et méconnu, et sur cette parole à deux détentes portée d’une culture sur une autre, ce dernier grand « discours du sauvage ».
Ce qui a résisté alors peut sortir de sa réserve. Ce livre veut contribuer à faire entendre, sans les idéaliser ni s’y substituer, ces voix qui, ayant refusé l’avènement d’un monde, en indiquent peut-être une issue.
La Résistance de l’herbe s’inscrit dans la nécessité d’articuler le travail historique et anthropologique avec une pensée politique de l’émancipation. En prenant appui sur ce moment et ce discours critique, le texte propose une réflexion sur l’autre autant que sur notre condition présente.
Son approche centrale est celle des sciences humaines structuralistes ; aux outils de l’anthropologie et de…
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Auteur: dev

