Après OK Chaos , édité par lundimatin, Leila Chaix persévère dans l’énervé et publie Haïr le monde , son second recueil aux éditions Le Sabot. Sa haine du monde tel qu’il est comme moteur – voire comme condition – d’écriture, fonde une lyrique crue de la révolte propre à nous secouer de nos torpeurs , estivales et autres. Certes, haïr le monde n’est pas le changer mais comment le changer sans d’abord le haïr ? Et si cette haine là, si proche d’un dégoût éminemment partageable, si inspirée et inspirante, n’ était pas aussi le signe de reconnaissance et d’union des rebelles et fauteurs de trouble d’hier et de maintenant ?
Extraits
« Je hais donc je suis »
Gûnther Anders, La haine (1985)
« C’est la guerre, une guerre qui se déroule sur tous les fronts et qui s’intensifie depuis qu’elle est désormais menée contre tout ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur. S’ensuit un nouvel enlaidissement du monde.’
Annie Lebrun, Ce qui n’a pas de prix (2018)
Le titre du livre s’est imposé ; je n’ai eu qu’à lui obéir, à l’épuiser. C’est comme tirer sur un cheveu coincé dans le trou de la douche. Tu tires et ça débusque un monstre, visqueux, composite, dégueulasse. Aller de haïr à jaillir. Éviter le jus de cerveau. Écrire un peu comme on transpire : fruit de l’action, traces d’expériences et de vécu. Sueur d’âme. Distiller encore et toujours.
*
Mon seum m’engrosse et me boursouffle, comme un alcool. Je suis plombée. Ça me rend dépendante affective : je suis obsédée par les gens, je leur passe tout, je m’en remets à eux, je veux qu’ils m’aiment. J’aimerais que ça cesse. Je suis accro à mes amies. Mon âme a tant besoin d’amours, d’alliances tordues, de conaissances. Vivre vite et mourir souvent. Renaître ensemble. Accepter de regarder la mort, celle qui nous est donnée chaque jour. S’abîmer le corps et l’esprit…
Auteur: dev

