LR&LP : Comment êtes-vous devenu forestier ?
Hans Kreusler : Je suis fils d’un ingénieur des eaux et forêts en Allemagne. Il était prévu de longue date que je fasse les mêmes études que lui. À l’époque de ma révolte d’adolescent, j’étais passionné par la forêt, mais je ne voulais surtout pas marcher dans les pas de mon père. Je suis donc parti en France, pour faire des études aux Beaux-Arts d’Aix-en-Provence.
Plus tard, je me suis rendu compte que vivre de mon art allait m’obliger à faire plein de concessions : ce que je ne voulais en aucun cas. Avec ma femme, on a cherché un endroit où nos maigres moyens nous permettraient de s’installer. Nous avons trouvé en Creuse la maison que l’on pouvait acheter et j’avais repéré des forêts qui ressemblaient un peu à ce que j’avais vu en Allemagne. Je me suis donc fait embaucher comme bûcheron tâcheron dans une scierie.
Dans l’entreprise, je m’occupais de moins en moins de couper des bois, et touchais à toutes sortes de tâches en me servant de mes connaissances, que j’avais étoffées en lisant toute la bibliothèque de mon père et pas mal d’ouvrages en français. Au fil du temps, j’étais de plus en plus critique des méthodes de mon employeur et j’ai cherché à m’en émanciper. Ça s’est fait sous la forme d’une profession que j’ai inventée : technicien forestier indépendant. Cela n’existait pas à l’époque.
LR&LP : En quoi consiste le métier de technicien forestier indépendant ?
Hans Kreusler : Le technicien indépendant a besoin de propriétaires forestiers qui lui confient la gestion. Mes clients étaient prêts à payer indirectement mes services par les ventes de bois, les résultats de la gestion de leur patrimoine.
Peu à peu, je me suis rendu compte que le gestionnaire forestier sert d’intermédiaire entre différentes professions, différentes positions et différentes personnes. D’une part, il y a le propriétaire qui…
Auteur: Eloi Boye

