Henri Leclerc, « une indignation coléreuse lorsque la justice se déshonore »

Un soir de permanence, il y a une vingtaine d’années au Palais de justice de Paris (1), situé encore sur l’île de la Cité, Évelyne Sire-Marin, alors juge des libertés, se souvient avoir vu débarquer un samedi soir, à 22 heures passées, Me Henri Leclerc, grande figure du barreau. Après une harassante journée de plaidoirie aux Assises, et alors qu’il quittait le tribunal, il avait immédiatement fait demi-tour pour accompagner un sans-papier algérien, qui sortait de garde à vue et risquait d’être expulsé.



(1) Évelyne Sire-Marin a raconté dans nos pages son expérience de juge des libertés des étrangers (sans-papiers) ; Politis n° 1072 du 15 oct. 2009.

« C’était tout lui, ça, Henri ! », se remémorent nombre de ses collègues, amis et camarades de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), tous·tes très ému·es par sa disparition, à l’âge de 90 ans, le 31 août. Henri Leclerc fut un « modèle d’avocat, un intellectuel du droit, une figure, un mentor », pour l’avocate Agnès Tricoire, qui l’a longtemps côtoyé à la direction de la LDH. Elle se dit « dévastée par [l]a mort » de celui qu’elle considère, sans conteste, comme « le plus grand avocat » qu’elle ait eu l’honneur de connaître.

Henri Leclerc est d’abord un avocat. Celui des déshérités, des oubliés, des méprisés.

Né en juin 1934 dans le Limousin, Henri Leclerc prête serment à l’Ordre des avocats le 14 décembre 1955, tout juste licencié en droit, faisant alors ses classes chez un grand pénaliste, de droite, Me Albert Naud. À chacun son mentor. Le maître lui dit un soir après sa plaidoirie en faveur d’un petit délinquant, en lui offrant un cognac, dans une sorte d’adoubement : « Tu l’as rendu sympathique, ton…

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Auteur: Olivier Doubre

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