Il y a quatre-vingts ans, nous entrions dans l’ère nucléaire. Avec le bombardement de la ville japonaise de Hiroshima, le 6 août 1945, suivi, trois jours plus tard, par celui de Nagasaki, le 9 août 1945, le monde découvrait l’arme totale. Ces bombes, la première à l’uranium et la seconde au plutonium, ont pulvérisé deux villes et exterminé près de 140 000 personnes en l’espace d’un éclair.
Depuis 1945, le combat contre les armes nucléaires et pour la mémoire a été auréolé de deux prix Nobel de la paix, l’un reçu en 2017 par l’association Ican, en charge de la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, l’autre attribué en 2024 à l’association Nihon Hidankyo, qui fait vivre la parole des survivants de Hiroshima et Nagasaki. Malgré ces prix, l’arme nucléaire reste au cœur des politiques de défense dans les pays dotés de la bombe.
Benoît Pelopidas mène le programme d’étude des savoirs nucléaires à Sciences Po. Pour le chercheur indépendant, fortifier et entretenir la mémoire des bombardements est impératif, mais pas que. D’autres événements méritent notre attention pour que subsiste en chacun de nous la réalité de la menace nucléaire.
Reporterre — Dans votre travail, vous expliquez que les années passant, la mémoire des événements de 1945 se dilue dans le temps. Que reste-t-il de Nagasaki et de Hiroshima ?
Benoît Pelopidas — Nous avons posé des questions ouvertes auprès de 7 000 personnes dans les deux pays dotés de l’arme nucléaire en Europe (France et Royaume-Unie) et dans ceux qui les accueillent sur leur territoire (Italie, Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Turquie). En demandant à nos sondés quels sont les événements associés aux armes ou à l’idée de guerres nucléaires, Hiroshima et Nagasaki sont les seules références mentionnées. Mais la mémoire des bombardements atomiques est très largement celle de Hiroshima, Nagasaki étant…
Auteur: Laure Noualhat

