Marckolsheim (Bas-Rhin), reportage
D’un côté de la route, la forêt alluviale rhénane préservée. De l’autre, des milliers de voitures stationnées sous des ombrières photovoltaïques. Et au milieu, une centaine de personnes venues célébrer une victoire majeure dans l’histoire du militantisme écologique alsacien. Le 15 février, ils sont quelques anciens à se succéder au micro de l’association Alsace Nature pour ressusciter « Marcko », la première zone à défendre (zad) qu’ait connu l’Alsace.
Tout commence en mars 1974, lorsque le préfet de l’époque annonce aux élus locaux l’installation d’une usine de stéarates de plomb dans la zone portuaire de Marckolsheim, le long du Rhin. Contesté en Allemagne puis en Moselle, le projet de la Chemische Werke München (CMW) provoque à son tour une vive opposition en Alsace. « Comment les Alsaciens allaient-ils accepter ce que les autres n’avaient pas voulu ? » raille Antoine Waechter, ancien président départemental de l’Association fédérative régionale pour la protection de la nature (AFRPN). Deux motifs cristallisent la lutte contre l’usine : la crainte d’une pollution au plomb et la destruction annoncée de 800 hectares de forêts alluviales rhénanes.
Rapidement, la mobilisation prend de l’ampleur. Une manifestation réunit plus de 2 000 personnes dans les rues de la commune en juillet. Pourtant, le 20 septembre 1974, à 12 h 30, les machines se mettent en marche. Prévenus par l’apiculteur de la commune qui passait devant le chantier, Antoine Waechter et son amie Solange Fernex filent sur le site et s’interposent. « C’était un vendredi. Le chef de chantier a reporté l’opération au lundi en disant qu’on ne serait plus là. » Mais le week-end, l’occupation du site s’organise. Elle durera plusieurs mois.
Du plomb dans l’aile des grands aménagements
« Il y avait…
Auteur: Adrien Labit, Anne Mellier

