De ce livre intitulé en français Reine d’un jour, on peut dire qu’il est un récit dominé par l’image d’un incendie. Incendie de la chevelure rousse de Clio Campbell, magnifique chanteuse pop et folk suicidée à 51 ans, incendie des émeutes contre la Poll tax, cet impôt violemment inégalitaire que voulut instaurer Margaret Thatcher et auquel, l’héroïne, donna un hymne qui lui valut une célébrité éphémère, incendie qui tente de s’allumer dans les cœurs de ceux qu’elle a connue, qui l’ont aimée ou détestée, ou le plus souvent, les deux.
« Cliodinha Jean Campbell s’est distinguée toute sa vie par son intégrité politique » : c’est ainsi que le journaliste Neil, qui fut violemment amoureux d’elle, la décrit sur l’écran de son ordinateur, dans l’open-space du journal en ligne repris par un startuper au cynisme néo-libéral assumé. Avec lui nous entrons directement dans la misère intellectuelle du journalisme capitalisé, comme, dans le défilé des témoins de sa vie qui suit son suicide, nous pénétrons, avec Adele, dans la vie d’une infirmière confrontée à l’état de l’hôpital public, avec Danny le tour manager dont elle fut un temps l’épouse et Hamza Hassan, le petit ami plus jeune qu’elle, dont elle lança la carrière, dans les mécanismes impitoyables du show biseness, avec Xanthe et Sammi, les squatteuses aux côtés desquelles elle milita, dans la vie quotidienne chaotique des résistants urbains à la domination capitaliste, avec Eileen, sa mère redoutable, dans la résistance dos au mur de la classe ouvrière écossaise contre les fermetures de mine et les réformes néo-libérales.
Ce livre qui découpe à la flamme une tranche de société britannique sur quarante années, nous fait circuler dans ses différentes strates, en y plongeant un regard d’une acuité à laquelle nous ont habitué les cinéastes et les romanciers d’outre-Manche, les Ken Loach et les Jonhathan Coe, mais avec en plus l’accent écossais de cette « Reine galeuse » (titre original) qui nous sert de guide, et la capacité de l’auteure, Kirstin Innes, à nous faire entendre (grâce aussi à une excellente traduction) les voix si particulières de chacun et chacune des personnages, dans leur singularité sociale et psychologique. Tout cela évidemment arrosé d’un flot de musique, de whisky et de bière. Les bonnes feuilles ici publiées, en plus de restituer avec beaucoup de justesse et de détails visiblement vécus par l’auteure, la vie des squatteur.e.s, rappelleront quelque…
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Auteur: lundi-matin

