« La pensée woke exige que les nations et les peuples se confrontent à leur histoire criminelle », nous dit Susan Neiman, et « ce faisant, elle a tendance à en conclure que c’est toute l’histoire qui est criminelle ». C’est à ce grief, fort répandu dans la production antiwokiste de droite, mais reprise dans la « critique de gauche » que Susan Neiman entend apporter audit wokisme, que sont consacrées les lignes qui suivent. Extraites du Soyons Woke de Pierre Tevanian, paru cette année, elles apportent à leur tour une « réponse de gauche » à ce que nous considérons comme un mauvais procès. À l’heure où un Edouard Philippe s’autorise à affirmer froidement, sans avoir honte, sans avoir peur et sans avoir tort de ne pas avoir peur, que la colonisation n’a pas été un crime, à l’heure où la droite française, après tant d’autres, carbure à l’antiwokisme et se rallie avec la dernière des servilité à une extrême droite surpuissante et sur-financée, à l’heure où Israël massacre impunément, où la Turquie et l’Azerbaïdjan tyrannisent tout aussi impunément, où le Chili, après les États-Unis et tant d’autres (la Hongrie, l’Inde, l’Italie, les Pays Bas, l’Argentine, la République Tchèque), bascule dans le plus explicite des fascismes, à l’heure en somme où les leçons de l’histoire n’en finissent pas de ne pas être tirées, ces réflexions nous ont paru opportunes.
Ici comme ailleurs dans le livre de Susan Neiman, aucun commencement de preuve ou de démonstration n’est apporté à l’appui d’une énormité caractérisée. La pente glissante glisse parce qu’elle est glissante, contentez-vous de ça. Ici comme ailleurs on peinerait à trouver quelque wokiste que ce soit, dans le vrai monde, qui soutiendrait sérieusement une thèse aussi insensée (« Toute l’histoire est criminelle »). Il suffit, ici comme ailleurs, de s’intéresser au monde réel,…
Auteur: Pierre Tevanian

