Historique : le dernier fleuve sauvage d'Europe devient intouchable

Vallée de la Vjosa (Albanie), correspondance

Les succès écologistes sont suffisamment rares pour ne pas les apprécier à leur juste valeur. C’est une grande victoire pour la conservation de la nature, et elle vient d’Albanie. Considérée comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe (hors Russie), la Vjosa (prononcer « viossa ») a été proclamée le 15 mars dernier « parc national » par le gouvernement albanais, à l’occasion de la signature d’un accord avec la marque de vêtements de sport « écoresponsable » Patagonia.

Un parc national sans équivalent en Europe : c’est l’ensemble du lit du fleuve sur son cours albanais et même certains de ses affluents, soit près de 13 000 hectares, qui sont désormais protégés au titre de la catégorie II de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’un des plus hauts degrés de protection possibles.

« Nous ne protégeons pas seulement un tronçon de rivière, mais l’ensemble d’un système fluvial, se réjouit Ulrich Eichelmann, le directeur de l’ONG Riverwatch, en première ligne pour la défense de la Vjosa. Le fleuve principal, mais aussi les affluents et même les affluents des affluents ! C’est un tout nouveau concept qui devrait devenir un modèle pour l’Europe. »

« Une victoire »

Sauvage, la Vjosa l’est avant tout par sa dynamique fluviale exceptionnelle. Coulant librement, sans obstacle ni modifications humaines majeures, sur 270 km depuis sa source dans le massif du Pinde en Grèce jusqu’à la mer Adriatique, ce fleuve indompté fait figure de rescapé sur le continent européen. Le bassin versant de la Vjosa offre des paysages et une biodiversité rares, fruits d’une dynamique sédimentaire intacte. De gorges étroites à d’immenses plaines de galets en passant par des bras en tresse, ses eaux forment une multitude d’habitats qui abritent plus de 1 100 espèces de plantes et 13 espèces animales menacées à l’échelle mondiale, comme le vautour percnoptère ou l’anguille d’Europe.

Pourtant, ce trésor du vivant qui passionne les scientifiques aurait bien pu disparaître. Plus d’une quarantaine de projets de centrales hydroélectriques a longtemps menacé de défigurer le bassin versant de la Vjosa. Mais le fleuve gréco-albanais a pu bénéficier d’une forte mobilisation orchestrée par les ONG, mêlant communautés locales, scientifiques, avocats et médias internationaux. Ce cocktail détonnant a su convaincre les dirigeants albanais de l’intérêt de préserver ce fleuve majestueux plutôt que de l’exploiter pour produire de l’électricité.

« Ces dix ans de campagne n’ont pas toujours été faciles, et nous avons souvent dû repenser nos objectifs, raconte…

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Auteur: Louis Seiller Reporterre

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