Hongrie : l'extrême droite au pouvoir bétonne un lac protégé

Fertőrákos (Hongrie), reportage

« C’est dur, très dur même… » Attablée dans un restaurant de Fertőrákos, un village dans l’ouest de la Hongrie, Andrea Gyuricza peine à contenir ses larmes. « Le plus difficile, ce sont les souvenirs qui refont surface, comme ces balades que nous faisions avec mon mari sur le rivage », dit la soixantenaire. Voilà trois ans que sa coquette maison en bois jouxtant la rive du lac Fertő (lac de Neusiedl, en allemand) a été détruite contre son gré. Rasée par les bulldozers. « Cela faisait près de vingt ans que nous habitions là, du printemps à l’automne. On y a passé une partie de notre vie. En 2018, les autorités nous ont donné quatre-vingt-dix jours de préavis pour quitter nos maisons : on n’a pas eu le temps de se pourvoir en justice… Ils l’ont fait exprès. »

© Gaëlle Sutton/Reporterre

Andrea n’a jamais eu droit à aucune indemnisation. Pis, elle a dû s’acquitter de vingt millions de forints (56 000 euros) pour le démantèlement de la demeure qu’elle occupait. De quoi ajouter au crève-cœur. « Nous avions écrit à l’époque des lettres à la mairie quand on a appris ce qui se tramait. » En vain. La vingtaine de pied-à-terre adjacents à celui d’Andrea ont aussi été démolis. La raison de cette expulsion forcée ? Un investissement d’envergure, initié par le gouvernement national-conservateur du Premier ministre Viktor Orbán, qui prévoit de « redynamiser » les rives du lac Fertő au prix d’un saccage environnemental. Et ce, en plein parc national.

La vingtaine de pied-à-terre adjacents à celui d’Andrea ont aussi été démolis. © Patrice Senécal/Reporterre

Financé par l’argent public, ce mégaprojet touristique de plus de 85 millions d’euros interdit désormais tout accès, côté hongrois, au deuxième plus grand lac de steppe d’Europe centrale. La première phase des travaux, débutée il y a trois ans, est censée s’achever en 2022. Impossible, depuis lors, d’admirer faune et flore qui valent au lac d’être classé patrimoine de l’Unesco depuis 2001. À moins de franchir la frontière autrichienne, quelques kilomètres plus loin.

En cet après-midi de septembre, Andrea sourit amèrement en faisant défiler une à une les photos de son ancienne cahute en bois avec vue imprenable sur le lac. « C’était l’une des plus jolies », se remémore-t-elle. « Le pire, dans tout cela, c’est que nous, les anciens occupants de ces maisons, sommes l’objet d’une campagne de diffamation par la presse…

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Auteur: Reporterre

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