Au fil des mois de décembre et janvier derniers, le petit monde politique a débattu, voté, adouci puis durci la « loi immigration » de Gérald Darmanin. En son cœur, une idée très simple, désormais présentée comme banale : comment par le droit, extraire du droit commun une certaine catégorie de personnes vivant sur le territoire. Dans ce très beau texte, Valentine Fell puise dans notre histoire commune et dans la mémoire familiale, pour éclairer ce que ce genre de petit déplacement a pu amorcer par le passé ; ce dont ces législations sont le premier engrenage.
Dans une feuille cartonnée avait été soigneusement découpée et coloriée une étoile. Un franc coup de feutre en soulignait les contours. Sa proportion, sa couleur et son inscription : « Auvergnat », étaient, du fait de la fabrication artisanale, différentes de celles confectionnées en quantité industrielle à l’atelier parisien de la rue de Montmorency. Là, les insignes étaient produits en continu afin de pouvoir être fournis en trois exemplaires à chaque israélite de la zone occupée. « L’étoile juive est une étoile à 6 pointes ayant les dimensions de la paume d’une main. Elle est en tissu jaune et porte, en caractères noirs, l’inscription « Juif ». Elle devra être portée bien visiblement sur le côté gauche de la poitrine, solidement cousue sur le vêtement », pouvait-on lire sur la huitième ordonnance allemande datée du 28 mai 1942.
Il s’était passé dix-huit mois entre la première ordonnance définissant le statut légal des Juifs, et celle-ci, les stigmatisant dans l’espace public. Il s’était écoulé deux mois depuis le départ d’un premier convoi d’immigrés en direction d’Auschwitz. « Mon père était allé faire recenser toute la famille en septembre 1940, donc évidemment on était répertorié et en juin 1942 quand l’ordonnance est entrée en application, on est allé les chercher et on les a…
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Auteur: dev

