Horus, le logiciel de renseignement qui fiche des Indonésiens pour un géant minier français

Rusdi Amin vit sur une terre convoitée. Musulman, engagé dans la vie de sa communauté, il habite Balambano, petit village du Sulawesi du Sud, où le nickel attire les plus grands groupes miniers mondiaux. Aujourd’hui, sans y avoir consenti, sa photo, son nom, sa religion, son ethnicité, son rôle social, sa situation familiale, ses coordonnées, sa géolocalisation et jusqu’à une évaluation de son influence dans la région figurent dans une fiche individuelle générée par un logiciel de « renseignement » nommé Horus.

Cet outil a été utilisé à la demande d’Eramet, le fleuron minier et métallurgique français, aujourd’hui détenu à 27 % par l’État français. L’Élysée a annoncé le 12 octobre « augmenter significativement sa participation » au capital du groupe minier d’ici décembre pour en devenir le premier actionnaire. Les informations recueillies par Horus indiquent notamment les positions de figures locales sur l’exploitation minière. Telle que celle de Nenni Y., 45 ans, la cheffe d’un hameau local décrite comme participant à l’opposition contre l’industriel minier PT Vale, qui opère l’un des plus importants sites miniers du Sulawesi.

L’archipel indonésien concentre 42 % des réserves mondiales de nickel en surface, avec un coût de main-d’œuvre attractif et un prix de l’électricité avantageux. Des atouts qui en font, pour Christel Bories, alors PDG d’Eramet, une zone privilégiée pour le groupe minier, qu’elle qualifiait d’« Arabie saoudite du nickel » dans un entretien accordé au Monde en mai 2024, avec l’intention d’y ouvrir à terme d’autres sites. Le nickel est majoritairement utilisé pour faire de l’acier inoxydable — indispensable dans la fabrication de casseroles, d’instruments chirurgicaux et pour l’électroménager du quotidien. Mais si la demande explose, c’est pour les cathodes des batteries de voitures électriques.


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