Jean-Baptiste-Siméon Chardin. — « Les billes de savon », 1733-1734
C’est une équation à 5 trillions de dollars, et on commence à se demander si elle a une solution. En fait à redouter qu’elle n’en ait pas.
Qu’est-ce qu’une bulle ? C’est une croyance collective. Qu’est-ce qu’un krach ? C’est l’effondrement de la croyance qui fit la bulle. Avec l’Intelligence artificielle (IA), nous sommes servis : nous avons deux bulles pour le prix d’une. Une bulle de valorisation boursière — on attend pour les deux joueurs les plus en vue, OpenAI et Anthropic, des introductions en Bourse annonciatrices de capitalisations faramineuses (autour de 1 trillion de dollars). Une bulle de valorisation boursière donc, mais suivie de près (en fait précédée) d’une bulle de crédit, elle plus préoccupante encore : les krachs proprement boursiers sont souvent plus spectaculaires que méchants — ils ne sèment que des pertes patrimoniales —, les bulles de crédit, quand elles crèvent, propagent des défauts en cascade au travers du système financier.
Lire aussi Félix Tréguer, « La bonne conscience de la Silicon Valley », Le Monde diplomatique, mai 2026.
Deux bulles, l’une et l’autre conformes au concept où elles se ramènent : de la croyance collective. C’est peu dire qu’il en faut pour soutenir une mobilisation de capitaux dont il est déjà acquis qu’elle est sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Admettons qu’en matière de production d’épopée — c’est-à-dire de croyance, précisément —, les capitalistes étasuniens savent y faire. En l’occurrence, ils ne pleurent pas la légende et nous régalent d’horizons grandioses, fut-ce sous une forme inhabituelle, légèrement paradoxale d’ailleurs, qui consiste à convaincre l’humanité du risque terrible, quasiment annihilateur, qu’elle encourt à plonger dans l’IA. Dario Amodei,…
Auteur: Frédéric Lordon


