cc0 Greg Rosenke, 2021
Ils sont là, tous réunis autour de la table du studio de CNBC : les gros, les grands, les qui comptent – les boss. Du live, du bandeau, de la breaking news : tout l’orchestre. Bref de l’actualité exceptionnelle, quasiment l’histoire en train de se faire « sur notre plateau » ce 10 août 2026. On les appellera par leurs raisons sociales : Nvidia, Goldman Sachs, Blackstone, BlackRock, Apollo, KKR. Les autres – les souriceaux –, ont été priés de rester à la maison. Open AI, Anthropic : des Mickeys. Mais Google, Microsoft, Oracle, Amazon ? Mickeys aussi – maison. À quoi se ramène le club des gros ? Au grossium des puces, et à la crème de la finance – entre les deux : rien. Vérité de l’économie « IA ».
On assiste en direct à une opération dont la nature véritable est à révélation différée. Motif officiel de l’antenne chamboulée : le méga-deal, 500 milliards de dollars, annoncé dans l’après-midi. Sans précédent. Ça n’est pas simple de ne pas perdre la boule avec les trillions qui volent en tous sens – en gros il faut être versé soit dans l’astrophysique soit, désormais, dans la finance IA pour ne pas se perdre dans les ordres de grandeur, astronomiques dans les deux cas. Le dernier coup de massue numérique était venu avec un tour de table d’OpenAI à 122 milliards de dollars. Dans les choux. Le board informel de l’IA réuni sur le plateau de CNBC monte une super plateforme de financement dimensionnée pour mobiliser 500 milliards, donc, à destination des acteurs de l’IA – les Mickeys. On a beau avoir l’habitude, on en reste un peu soufflé.
Heureusement, il y a les contrarians, les malintentionnés, les schadenfreudistes, et leur méticulosité intéressée pour y aller voir de plus près et lire les petites lignes. La soirée est en cours et Ed Zitron s’égosille déjà sur le réseau X : « C’est un putain de MOU »….
Auteur: Frédéric Lordon
