« L’endroit me faisait penser à une prison, se souvient Mathis, 15 ans, en se remémorant son expérience dans le système scolaire « classique ». Je me sentais isolé dans les cours. » L’élève, qui évoque rapidement des « difficultés familiales », y a alterné absences, arrêts maladie, retours et cours à distance pendant quatre ans, tout en étant suivi par un Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP). Peu après son arrivée au lycée, il lâche définitivement. Mathis faisait ainsi partie des 90 000 « décrocheurs » qui sortent chaque année précocement de l’enseignement secondaire. Jusqu’à ce que l’adolescent intègre le « Clept » : le Collège-Lycée élitaire pour tous, à Grenoble. Créé en 2000 par deux enseignants, le Clept est un établissement public pionnier en France. Il accueille une centaine d’élèves qui ont « décroché » du système scolaire depuis plus de six mois.
C’est d’ailleurs l’heure du bilan de cette année scolaire 2022. Dans une salle de classe, Anthony Lecapre, l’un des professeurs, invite les élèves à dresser leur bilan des deux derniers mois de son cours d’épistémologie, une matière qui mêle notions scientifiques et philosophiques. « Nous voudrions avoir votre retour. Car jusqu’à présent, vous n’aviez pas trop la main », leur lance-t-il.
Alors qu’il distribue des feuilles sur lesquels les élèves sont invité à donner leur avis, il s’entend répondre par Mathis : « C’est l’école, c’est normal… » Fraîchement arrivé dans l’établissement, a encore en tête un modèle très vertical de l’enseignement. Anthony Lecapre se retourne et lui rétorque en souriant : « Ah, mais non ! Subir à l’école, c’est pas normal. » Sa collègue Laura Noézian, professeur de sciences économiques et sociales (SES), enchaîne : « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Nous voulons voir si les objectifs que nous avions fixés ensemble sont atteints et connaître les difficultés que vous avez pu rencontrer. » Ce cours d’épistémologie est emblématique au Clept, car elle permet de lier différentes disciplines tout en développant l’esprit critique des étudiants. Dernier thème abordé : la diffusion de l’information, avec l’analyse de la place donnée dans les médias au rapport du Giec, sur l’état du climat.
« On appelle les profs par leur prénom »
En France, les « sortants précoces » – ou « décrocheurs » – représentent 12 % des effectifs scolaires. Pour ceux qui se…
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Auteur: Florian Espalieu

