Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), reportage
À l’entrée de la ville, tandis qu’un panneau nous souhaite la bienvenue à Fos-sur-Mer — cet « écrin de vie » —, de fines poussières recouvrent les bords de la route sur laquelle des camions défilent en direction des usines. Ici, les Fosséens et Fosséennes sont deux fois plus touchés qu’ailleurs par des cancers et des maladies chroniques comme l’asthme et le diabète. La présence de polluants (plomb, furanes, polychlorobiphényles) dans l’organisme des habitants a maintes fois été mise en évidence scientifiquement. Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières de la ville, les communes autour de l’étang de Berre, en particulier celles situées à l’ouest, sont concernées.
Sur la route qui longe l’étang, le soleil, vif en cette fin février, se reflète dans cette immense lagune d’eau salée. Quelques minutes après avoir franchi la ville de Martigues, les cheminées se dessinent au loin. Apparaissent ensuite les pylônes électriques, torchères, cuves pour les aciéries, raffineries, usines chimiques et pétrochimiques.
Située à 50 km à l’ouest de Marseille, la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer est l’une des plus grandes du pays. Sur 10 000 hectares, elle abrite près de 400 installations — notamment le géant de l’acier ArcelorMittal —, dont 58 sites sont classés Seveso. La zone est aussi gigantesque que polluante : elle rejette environ 10 millions de tonnes d’équivalent CO2 chaque année, soit le quart des émissions de CO2 de l’industrie française.
40 000 personnes travaillent dans cette zone industrielle et portuaire, dont 9 000 Fosséns et Fosséennes, soit près de 58 % des électeurs inscrits sur les listes électorales. Alors forcément, on s’attend à ce que ce sujet occupe toutes les discussions entourant les élections municipales. Et pourtant.
« On vit dans une soupe toxique »
Le sujet est peu…
Auteur: Jeanne Cassard, Maïté Baldi

