« ‘Umiy tadeukum jmyean litanawul alkuskis yawm alsabta ! » Pas mal, se congratule Clara. Elle a marmonné la phrase toute la journée, redoutant de perdre ses moyens dans la grande salle du rectorat. Silence décontenancé. C’est le séminaire annuel du programme « Inclusion des élèves allophones », et la cinquantaine de paires d’yeux sent qu’un truc est en jeu. « Maman vous invite tous samedi pour le couscous ! » traduit-elle. Et nos primaires, à Fleury-les-Aubrais, répondent : « bikuli surur ! » — Avec plaisir ! » Petits rires discrets. Elle les attribue à des collègues AIEA. « Pouvez-vous nous préciser ce que vous voulez nous dire, madame Gracien ? » Le secrétaire général du rectorat avait insisté : pas plus de deux minutes par intervention. Il sent que l’horaire de la réunion d’évaluation va lui échapper…
Trois ans après son lancement, « Inclusion des élèves allophones » commençait à en gêner certains, au sein de la hiérarchie de l’Éduc’ Nat’.
Trois ans après son lancement, « Inclusion des élèves allophones » commençait à en gêner certains, au sein de la hiérarchie de l’Éduc’ Nat’. Parce que cet IDEAL marchait plutôt, et même parfois un peu trop dans certaines académies. « Bah, tu n’imagines quand même pas qu’il ravit tout le monde, ce programme ? », avait rétorqué Clara à son mari, offusqué du quota ridicule alloué aux interventions. « 120 secondes par personne ! »
Personne, dans le pays, n’avait été surpris par l’escamotage penaud du plan « Frontière opaque » par le gouvernement, peu avant sa défaite aux législatives anticipées. En dépit de la multiplication des équipes spécialisées, des contrôles tous azimuts, des postes de surveillance, les statistiques de l’immigration clandestine avaient à peine fléchi. Les migrant·es passaient. Moins facilement qu’avant, certes, mais…
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Auteur: Patrick Piro

