Historien, Enzo Traverso essaie de « démêler le nœud d’histoire et de mémoire » qui étreint la « crise de Gaza ». « Il s’agit, dit-il dans son Avant-Propos, d’une réflexion critique sur le présent et les façons dont l’histoire a été convoquée pour l’interpréter. La question est vaste et mériterait un ouvrage beaucoup plus approfondi que ces notes rédigées à la hâte, mais il y a urgence. » Didier Fassin, titulaire au Collège de France de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines », abonde dans le même sens au début de son essai en citant le philosophe britannique Brian Klug qui, deux mois après le 7 octobre, disait que devant la difficulté de mettre des mots sur « la brutale réalité humaine de la souffrance, du chagrin, de la perte et du désespoir […] il y a des moments où nous devons cesser de parler pour commencer à penser – à penser politiquement ».
« À cette prudente injonction, poursuit Didier Fassin, Talal Asad répondait : “Certes. Mais dans la situation présente, où des actes d’une cruauté délibérée sont commis et niés de façon éhontée, peut-être est-il nécessaire non seulement de penser, mais aussi de parler et d’agir moralement. [Cependant,] déterminer de quelle manière le faire est plus difficile qu’il n’y paraît.” Cette difficulté ne rend que plus crucial de s’y efforcer. If not now, when ? Si ce n’est pas maintenant, ce sera quand ? »
Il y a en effet urgence à sortir de la sidération dans laquelle nous plonge le génocide qui s’accomplit en direct sous nos yeux à Gaza depuis un an, et le déferlement de commentaires racistes et de discours haineux qui l’accompagnent, proférés aussi bien par nos médias à la botte que par des dirigeants politiques oscillant entre cynisme et hypocrisie « humanitaire ». Je viens de dire « nous » – je ne prétends pas représenter qui que ce soit, mais j’ai cru comprendre que je n’étais pas seul…
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Auteur: dev

