La leçon brésilienne
La réélection de Lula avec 51,8 % des suffrages, score déjouant les pronostics de tous les sondages, a été une onde de choc et un immense soulagement pour les brésiliens. Ces prédictions rappellent celles des sondages actuels, donnant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour avec une victoire annoncée de cette dernière.
Au Brésil, tout comme en France, le paysage médiatique était saturé par la droite et l’extrême droite. Voyant qu’ils ne pourraient pas influer sur les médias mainstream, les brésiliens ont décidé de mener la bataille idéologique sur les réseaux sociaux.
La méthode tire son nom d’André Janones, député et avocat ayant structuré la riposte numérique de la campagne de Lula. Elle consiste à utiliser à son avantage le fonctionnement des algorithmes des plateformes comme Instagram ou X.
Qu’on soutienne ou non un post, interagir avec lui donne toujours de la visibilité. Ou, comme le dit la règle bien connue sur Internet « don’t feed the troll ».
André Janones et Lula – Crédit : Lula Official / FlickR
La stratégie s’articule en plusieurs points :
- Ne plus commenter les publications de la droite ou de l’extrême droite, y compris pour exprimer un désaccord ou engager un rapport de force, afin de priver ces contenus de l’interaction valorisée par les algorithmes
- Ne plus partager les publications des opposants, même dans une démarche de dénonciation ou de critique, pour éviter d’amplifier leur visibilité. Les captures d’écrans sans lien direct vers la publication sont le meilleur moyen de donner son avis sans créer de l’engagement
- Procéder à des blocages massifs pour couper court à l’exposition de ces contenus
- Partager, liker, donner de la visibilité aux médias indépendants et contenus sourcés pour soutenir un contrepouvoir médiatique
Ces mouvances politiques tirent leur essor de la confrontation et du buzz. En tarissant la source de…
Auteur: Léonore Suied
