Il en découle que dans l’Algérie postcoloniale, les dirigeants de l’indépendance ont pour première tâche de résorber, de supprimer cette plaie ouverte, cette dualité, et le fossé qu’elle crée entre deux parties de la société, en la divisant entre deux secteurs socio-économiques et, de là, linguistiques et culturels.
Les nationalistes du premier novembre 1954 étaient révolutionnaires au sens où ils avaient rompu avec le réformisme qui s’était d’abord exprimé dans l’assimilationisme, lequel ensuite avait voulu aménager la transition du colonialisme à une indépendance relative comme l’ont connu beaucoup de pays africains.
Mais sur la question linguistique, tout se passe comme si le réformisme était revenu discrètement aux commandes, non pas seulement parce qu’il a été médiatisé par des élites très francophonisés, mais surtout parce que l’influence française la plus profonde, la plus soft, était culturelle. Ce ne fut pas le cas d’autres pays comme le Vietnam, qui, lui, a opéré dès l’indépendance une rupture radicale avec cette influence. Hô Chi Minh avait même refusé une période de transition qui était pourtant réclamée par de nombreux et brillants intellectuels francophones vietnamiens qui avaient joué un rôle de premier plan dans la lutte armée pour l’indépendance. Il avait exigé jusqu’à la vietnamisation immédiate de l’enseignement supérieur, et même celle de la médecine.
Le gros problème de la révolution nationale algérienne c’est qu’elle n’est pas encore allée jusqu’au bout de ses objectifs, comme l’avait rêvé ses pères fondateurs. Ils ont très probablement, l’euphorie de la victoire aidant, sous-estimé la profondeur de l’empreinte laissée sur l’Algérie par le colonialisme français dans tous les domaines.
Les dirigeants de la révolution avaient défini de façon claire, dans la déclaration du Premier Novembre, les composantes…
Auteur: Djamel LABIDI
