Il a étouffé un ruisseau, la justice l'a condamné : récit d'un jugement inhabituel

C’est un jugement inhabituel, qui vient rappeler qu’on ne fait pas tout à fait ce qu’on veut en forêt. L’histoire avait pourtant commencé de façon banale. Printemps 2022, lieu-dit Petit Tournant, à Saint-Setiers, sur le plateau de Millevaches, en Corrèze.

Dans cette zone toute proche des sources de la Vienne, une parcelle était exploitée pour remplacer des « accrus naturels », autrement dit des bois installés spontanément, par une forêt de production : coupe des arbres, travail du sol, dessouchage, constitution d’andains — ces bandes où sont rassemblés branches et résidus de coupe — puis replantation, notamment de pins Douglas. Jusqu’ici, rien que de très ordinaire dans la gestion d’une forêt de production.

Sauf qu’après les travaux et les pluies de l’automne, les terres mises à nu se sont mises à dévaler dans le petit cours d’eau qui traverse la parcelle, un affluent de la Vienne.

Rémi Gerbaud, pêcheur qui aime taquiner la truite, a découvert lors d’une balade que le paysage avait changé. « Il n’y avait plus les bosquets, ni les espèces habituelles… À la place, seulement des jeunes pins Douglas. » Il a alors sollicité Sources et Rivières du Limousin et France Nature Environnement (FNE) Limousin, prévenu le Parc naturel régional (PNR) de Millevaches et fini par signaler les faits à l’Office français de la biodiversité (OFB).

« C’est un site emblématique, avec de l’eau pure, qu’on peut boire à même le ruisseau »

Dépêché sur place, un agent de l’OFB a constaté 147 mètres de ruisseau colmatés par les sables et les terres fines. Près des berges, les souches des arbres ont été arrachées mécaniquement après l’abattage, laissant le sol profondément remué et à nu. De jeunes Douglas ont même été replantés à quelques mètres seulement de l’eau : des travaux forestiers ne respectant pas les règles qui protègent les abords du cours d’eau….

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Auteur: Laure Noualhat