De mon père, je me souviens d’un homme taiseux, qui ne parlait jamais de son exil. Il mourrait à 49 ans, et son corps serait rapatrié sur sa terre natale, en Algérie. Au moment de la déclaration du 1er novembre 1954, marquant le début de la guerre d’indépendance de l’Algérie, mon père avait 10 ans. Même s’il en avait conservé quelques souvenirs, jamais je ne le saurai, puisque jamais il ne les évoquerait au sein de notre famille.
À 20 ans, il débarquait en France pour trouver du travail, c’étaient dans les années 1960, où la main-d’œuvre était très recherchée. La période dite des Trente Glorieuses, des années 1946 à 1975. Jusqu’à l’âge de sa mort, mon père travaillerait sans relâche et garderait le silence. Ce n’est donc pas lui qui m’apprit le passé colonial de la France concernant l’Algérie.
Les crimes de guerre du maréchal Bugeaud
Ce n’est pas lui qui me rapporta les propos du maréchal Bugeaud, celui qui déclara : « L’armée est tout en Afrique, elle seule a détruit, elle seule peut édifier. Elle seule a conquis le sol, elle seule le fécondera par la culture et pourra par les grands travaux publics le préparer à recevoir une nombreuse population civile. »
Le maréchal Bugeaud, qui, notamment, en ce 18 juin 1845, ordonna au général Pélissier de mater la révolte de la tribu des Ouled Riyah, qui avait trouvé refuge dans les grottes du Dahra, en résistance à l’oppression de l’armée française. La grotte serait bombardée, avec un feu allumé à chaque entrée. Un millier de personnes périraient à l’intérieur.
Ou plus tard encore, ce 4 décembre 1852, où le maréchal Bugeaud envoya 6 000 hommes de son armée à Laghouat, une ville du Sud algérien. Un crime de « guerre » qui n’épargnera personne : ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. Les estimations feront état de 2 500 morts.
Le rôle dévastateur des politiques…
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