Depuis Dakar, où il dirige le centre régional de l’OMS pour les urgences sanitaires en Afrique de l’Ouest et centrale, le médecin d’origine guinéenne parle sans emphase, avec la franchise de ceux qui ont passé trop de nuits blanches. À l’écouter, on devine que son expérience récente dans l’est de la République démocratique du Congo – entre flambée de choléra, ramassage des cadavres et peur pour sa vie et celle de son personnel – est encore bien présente dans son esprit.
Le Dr Thierno Baldé, 45 ans, a dirigé la réponse de l’OMS à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), après la chute de la ville aux mains des rebelles du M23, en février 2025.
Tout commence en 2024. À la lecture d’un article du quotidien Le Monde sur le potentiel d’escalade régionale du conflit à Gaza, ce vétéran des crises humanitaires fait immédiatement le parallèle avec l’est de la RDC – une poudrière dans les Grands Lacs, où les ressources minières attisent depuis toujours la convoitise de nombreux groupes armés et des pays voisins. Son intuition conduit l’OMS à dépêcher du personnel à Goma, chef-lieu congolais du Nord-Kivu à la frontière rwandaise, pour former des équipes médicales d’intervention rapide en cas d’embrasement.
La prise de Goma
Lorsqu’au mois de janvier 2025, le Mouvement du 23 Mars, une faction rebelle soutenue par Kigali défendant les intérêts de la minorité tutsi en RDC, lance une grande offensive militaire dans la région, l’agence onusienne est « relativement bien préparée », explique le Dr Baldé, qui est alors lui-même sur place.
Avec l’aide des forces rwandaises, le M23 gagne rapidement du terrain face à une armée régulière en déroute. En quelques semaines, les rebelles sont aux portes de Goma.
À l’hôtel où il loge, les nuits sont rythmées par les bombardements et les rafales de balles. Il garde son…
Auteur: Nations Unies FR

