« Il faudrait aussi occuper les banques »

En 1969, mais en indiquant mars 1968 comme date de rédaction, Luciano Bianciardi publie en Italie, chez Rizzoli, Ouvrir le feu. Ce sera son dernier roman avant son décès en 1971. Bianciardi est à l’époque une demi-célébrité, surtout connu pour son roman La vie aigre, publié en 1962 et traduit en France chez Actes Sud en 2007. Il est également connu pour ses chroniques de presse, en particulier sur la télévision. Mais Ouvrir le feu confiera brutalement son auteur à l’oubli : le contempteur colérique et sagace du miracle économique italien y livre un roman déroutant qui revient sur l’avènement du Risorgimento, dont le récit, officiel ou non, n’intéressait alors plus personne. On enterra donc le tout avec le prétendu miracle qui avait lui aussi vécu. L’auteur et son œuvre ont été redécouverts au tournant du siècle, mais Ouvrir le feu cherche encore ses lecteurs.

Bianciardi imaginait dans ce texte une superposition originale entre les cinq journées d’insurrection à Milan en 1848 et des événements identiques, mais fictifs, qui se déroulent en 1959 dans le Milan du boom économique. Les cinq journées déclenchèrent le départ des occupants Autrichiens et l’unification italienne ; l’insurrection de 1959 fait face, quant à elle, à une domination renouvelée et plus insaisissable. Dans cet arc temporel, les époques se mêlent, parfois fusionnées, parfois juxtaposées, parfois désordonnées, mais le récit tient sa ligne. L’ouvrage dresse le théâtre d’un affrontement répété jusqu’en 1959, et au-delà, entre un oppresseur protéiforme et des oppressés pas toujours révoltés.


On propose ici un extrait du chapitre 14, l’avant-dernier, tiré d’une traduction en cours. Ce passage est d’une facture très différente du reste du roman. Le narrateur suspend partiellement uchronie et parodie pour analyser ce qu’il considère comme l’échec de la révolution, c’est-à-dire la révolution à…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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