Loin de l’ambiance fascisante, une autre Europe est possible, chatoyante et pleine de vie. Pour y arriver, nous devons ériger la « réhabitation » et « l’hospitalité » en priorités politiques, plaide Agnès Sinaï, et opposer à l’Europe des États-nations une Europe des rivières, des bocages et des bassins-versants.
Agnès Sinaï est journaliste et essayiste, autrice du livre Réhabiter le monde — Pour une politique des biorégions (Seuil, collection « Anthropocène », 2023). Elle est également directrice de l’Institut Momentum et enseignante à Sciences Po sur les politiques de la décroissance.
Reporterre — Un manque de souffle semble frapper la campagne des européennes. Les enjeux écologiques sont marginalisés, les listes à gauche sont désunies, l’extrême droite se taille la première place… Quel regard portez-vous sur ces élections ?
Agnès Sinaï — Alors que ces élections européennes sont une tribune pour l’écologie politique, elle ne réussit pas cette fois-ci à émerger. Ce n’est pas tant la faute des Verts que celle du contexte général. Une partie de l’opinion se cristallise autour de l’accès à la consommation et le rejet de l’étranger. Partout, les écologistes affrontent un terrible backlash [un retour de bâton]. La démesure consumériste et l’industrialisation des marchés agricoles se reflètent dans l’égoïsme des États-nations. Elles tiennent lieu d’idéologie au détriment des équilibres écologiques et de l’esprit de cosmopolitisme qui a pu alimenter une partie du projet fondateur de l’Europe, qui est aussi un projet de paix.
Qu’est-ce que l’on pourrait imaginer ?
Il faudrait développer des contre-modèles à cette Europe productiviste, réinventer ses récits fondateurs, ne pas la limiter à un espace de libre-échange ou à une échelle bureaucratique, en ouvrant les possibles. Au fond, nous devons apprendre à réhabiter l’Europe. Je crois que
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Auteur: Gaspard d’Allens

