« Il faut qu'on se révolte ! » : la crise de l'eau exaspère les Guadeloupéens

Les Abymes (Guadeloupe), reportage

La journée commence à peine et il fait encore chaud en ce mois d’octobre. Les quelques précipitations demeurent insuffisantes pour recharger les sols et les nappes phréatiques asséchés depuis plusieurs semaines. Aux Abymes, plus grande ville de Guadeloupe, à la fontaine à côté du nouveau CHU, des dizaines de voitures viennent et repartent, chargées de bidons d’eau de 10 ou 20 litres. « Cela fait des mois que je viens. Rien ne coule de mon robinet, peste Nicole. Le pire, c’est que je dois continuer à payer des factures pour une eau que je ne reçois pas. » Munie d’un tuyau, elle remplit comme les autres ses bonbonnes, seaux et autres bouteilles en plastique.

Yannick vient, elle, pour la première fois et tente de contenir sa colère tout en faisant le plein d’eau : « Ça, c’est de l’eau pour les toilettes, la vaisselle ou le ménage. Mais pour en boire, il faudra encore acheter je ne sais combien de packs d’eau à 4 euros. Ce n’est pas possible. Il faut qu’on se révolte ! » lâche-t-elle derrière ses lunettes noires.

Voilà plus de dix ans que la Guadeloupe, pourtant baptisée par les peuples amérindiens Karukera, qui signifie « l’île aux belles eaux », connaît une crise sans précédent de cette ressource. Plus de deux tiers de la population est concernée par les coupures d’eau. Une situation due à une absence d’entretien des canalisations durant des décennies et à une mauvaise connaissance du réseau par les acteurs en charge de son entretien.

Fuites en cascade

Lorsque le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe (SIAEAG) ferme en 2021, aucun plan de réseau n’en reste. Le Syndicat mixte de gestion des eaux et assainissement de la Guadeloupe (SMGEAG) qui prend suite avance à tâtons. Selon un rapport de 2023 de la Cour des comptes sur la gestion quantitative de l’eau, le niveau de fuites sur le réseau…

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Auteur: Ludovic Clerima, Sandrine Gueymard