Daria Saburova a mené une enquête de terrain en Ukraine à Kryvyï Rih, ville natale de Volodymyr Zelensky, majoritairement russophone avant l’invasion, pour comprendre les ressorts de la résistance à partir du 24 février 2022. Son travail (1), qui s’intéresse au vécu des populations, met en exergue le rôle du genre et de la classe dans le travail de résistance réalisé par les bénévoles.
Travailleuses de la résistance. Les classes populaires ukrainiennes face à la guerre, Daria Saburova, Éditions du Croquant, 2024.
Les personnes que vous avez interrogées étaient majoritairement opposées au soulèvement de Maïdan en 2014, qui a abouti à la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Qu’est-ce qui les a poussées à entrer en résistance en février 2022 ?
Daria Saburova : En 2013-2014, sur la place de Maïdan, puis dans la guerre dans le Donbass, ce sont surtout les classes moyennes qui se sont mobilisées en tant que bénévoles et combattants volontaires. Elles formaient le noyau de cette mobilisation sur le plan organisationnel et idéologique. Pour elles, il s’agissait d’un combat pour l’État ukrainien indépendant, ainsi que pour la voie européenne et démocratique opposée à l’autoritarisme russe. Le renversement du pouvoir pro-russe de plus en plus autoritaire était justifié à leurs yeux.
Beaucoup de mes interlocuteurs et interlocutrices de Kryvyï Rih voyaient, au contraire, ces événements comme une atteinte à la démocratie de la part des manifestants et des partis d’opposition. La guerre dans le Donbass n’était pas leur guerre, alors même…
Auteur: Pauline Migevant

