Et si l’on imaginait le monde d’après ? Le monde d’après le capitalisme, qui serait écologique, juste, joyeux — et très inattendu. C’est ce qu’ont essayé de faire l’historien Jérôme Baschet et le sociologue Laurent Jeanpierre en coordonnant le livre foisonnant et passionnant Mondes postcapitalistes (éd. La Découverte). L’un est spécialiste du Moyen Âge et du zapatisme, l’autre suit attentivement les luttes d’émancipation. Pour eux, « la base du postcapitalisme est la relocalisation ».
Vous pouvez lire ce grand entretien ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.
Reporterre — Qu’est-ce que le postcapitalisme ?
Jérôme Baschet — On ne peut pas donner une réponse unique. Au contraire, il faut explorer la multiplicité des manières d’envisager la sortie du capitalisme. Mais il y a en même temps une unité entre ces différents mondes, puisqu’ils rompent avec la domination de l’impératif d’accumulation du capital. On ouvre ainsi des possibles considérables et qui sont à rebours des tendances régressives qui s’affirment dans notre triste présent.
Quand on parle aux gens de sortir du capitalisme, une réponse est souvent : « On a déjà essayé avec l’URSS ». Comment répondez-vous à cela ?
Laurent Jeanpierre — Un examen critique des expérimentations qui se sont réclamées du communisme ou du socialisme d’État est le préalable indispensable à une pensée contemporaine du postcapitalisme. C’était un échec moral : des millions de gens et des millions de paysans ont été sacrifiés dans l’expérience soviétique et dans l’expérience chinoise. Un échec environnemental : les préoccupations environnementales en étaient totalement absentes. Et un échec politique au sens où ces régimes n’avaient pas de préoccupations démocratiques. Donc, la critique des expériences du XXe siècle est le point de départ pour…
Auteur: Hervé Kempf

