Comment démontrez-vous la « racialisation des politiques antisexistes » en France ?
Simon Massei : Quand on regarde les chiffres, on constate que la distribution géographique de l’expérimentation des « ABCD de l’égalité » se concentre très largement dans les zones urbaines défavorisées, avec un taux d’immigration parmi les populations locales plus élevé qu’ailleurs. C’est aussi visible par l’indice de position sociale (IPS) des établissements, qui est plus bas que la moyenne académique. Il y a aussi une logique budgétaire, puisque ce sont les portefeuilles de la politique de la ville, de l’éducation prioritaire et de la lutte contre la délinquance qui financent l’éducation à l’égalité des sexes. Ce n’est pas neutre.
Discipliner les banlieues ? L’éducation à l’égalité des sexes dévoyée / La Dispute (2024) / 224 pages /17 €.
Les politiques éducatives ciblent-elles les publics défavorisés parce qu’elles pensent qu’ils sont plus sexistes ?
Ce phénomène de racialisation est le produit de logiques hétérogènes. Il ne relève en aucun cas d’une politique de ciblage délibéré. Comme l’éducation à l’égalité repose sur un régime très peu contraignant, laissant la possibilité aux établissements scolaires de s’emparer ou non de cette thématique en fonction de leur priorité, libre aux équipes enseignantes et aux directions qui s’estiment concernées de mettre en place des dispositifs spécifiques. Ces équipes, c’est ce que j’ai constaté, travaillaient essentiellement dans des établissements populaires.
Que se passe-t-il dans les établissements au public favorisé ?
Les comportements sexistes vont être étiquetés différemment. La direction les qualifie comme…
Auteur: Hugo Boursier

