Saint-Didier-d’Aussiat (Ain), reportage
D’un côté, un champ de blé désherbé mécaniquement et de l’autre, à l’aide d’un puissant herbicide. Au jeu des sept différences, difficile de savoir lequel est lequel à Saint-Didier-d’Aussiat (Ain), commune de moins de 900 habitants. Pourtant, l’un est bichonné par un agriculteur bio, Benoît Merlo, qui tient à ce que ses terres soient bien tenues. L’autre appartient à son voisin, qui vante les mérites du deuxième pesticide le plus utilisé en France juste derrière le glyphosate, le prosulfocarbe.
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À l’automne 2025, Benoît Merlo a mis du cœur à l’ouvrage pour récolter 8 tonnes de sorgho, cette céréale dépourvue de gluten et adaptée aux fortes chaleurs. La sentence est tombée avec les analyses du laboratoire. Le taux de prosulfocarbe est trop élevé, son sorgho est impropre à la consommation humaine. Lui qui s’évertue à respecter les exigeantes normes de l’Agriculture biologique et même du label Bio cohérence se retrouve avec une récolte polluée par un herbicide, le comble.
Il n’arrive pas à jeter les milliers de graines dorées qui dorment depuis dans une gigantesque benne, à côté de ses vaches Aubrac et de ses tracteurs. Elles auraient dû lui rapporter autour de 3 000 euros.
La situation ne le surprend pas tant. Il sait que le prosulfocarbe est massivement utilisé par ses voisins agriculteurs, à l’automne, pour un désherbage express des champs de céréales d’hiver comme le blé, l’orge, l’avoine ou le seigle, ou encore de pommes de terre. Au point de saturer l’air de nos campagnes à l’époque où les arbres se dénudent de leurs feuilles. Il est si volatil qu’il peut contaminer les cultures à proximité, même si Benoît Merlo, lui, s’acharne avec ses grosses machines de désherbage mécanique pour protéger ses récoltes.
Son cas…
Auteur: Mathieu Génon, Rozenn Le Saint

