Amiens (Somme), reportage
Équipé de sa lampe frontale, Louis Hue inspecte la charpente des combles du lycée agricole Le Paraclet à Amiens. Soudain, son regard s’arrête sur deux petites formes brunes blotties dans l’interstice du bois. « Là, entre la poutre claire et la foncée : ce sont deux murins à moustaches », indique le naturaliste de l’association Picardie Nature. Il s’accroupit sur le plancher et examine la bâche parsemée de guano, les excréments des chauves-souris.
Puis prélève à l’aide d’une pince un mince tortillon « tout noir brillant » de la taille d’un grain de riz : « Ça, c’est du guano très frais ! Pile ce qu’il nous faut ! » Délicatement, Louis Hue le dépose dans un tube rempli d’alcool, qu’il range dans son kit de prélèvement. En une demi-heure, il remplit les 20 tubes du kit, plus un sachet hermétique avec le reste des déjections fraîches de cette colonie de murins à moustaches.
Les échantillons rejoindront ensuite le laboratoire Écologie et dynamique des systèmes anthropisés (Edysan) du CNRS et de l’université de Picardie Jules Verne pour analyse. Car les chauves-souris, prédatrices naturelles de nombreux insectes nuisibles pour l’agriculture, pourraient contribuer à nous rendre moins dépendants des intrants chimiques. C’est en tout cas l’hypothèse du projet de recherche-action TransAgroBat, qui étudie les chauves-souris des régions agricoles des Hauts-de-France et des régions wallonne et flamande (Belgique), comptant parmi les plus productives d’Europe.
Bordé par 120 hectares de cultures, le lycée agricole Le Paraclet est l’un des 30 sites retenus pour le projet dans les Hauts-de-France, pour la collecte et l’étude de guano. L’objectif : analyser génétiquement les excréments de quatre groupes de chauves-souris — pipistrelles communes, sérotines communes, murins (à oreilles échancrées et à moustaches) et oreillards gris…
Auteur: Emma Nicolas
