Kango (Gabon), reportage
Jean-Baptiste Migolet fend les fougères hautes de sa machette. À ses pieds, son petit chien, Soleil, zigzague dans les herbes mouillées. L’air est lourd, chargé de l’odeur des feuilles écrasées. « Les éléphants sont passés il y a trois jours », souffle-t-il. Il s’arrête. Devant lui s’étendent les ruines de sa plantation : « Regardez le taro, les bananes, les manguiers sauvages… Ils ont tout cassé. »
À 67 ans, Jean-Baptiste est dépassé. « C’est avec ça que je vis, que j’envoie mes enfants à l’école à Libreville. Et maintenant, ils me détruisent tout. Alors, qu’est-ce que je vais faire ? Si je ne peux plus manger ce que je produis, je suis obligé de trouver ma nourriture ailleurs. » Depuis que ses cultures ont été ravagées, il dit acheter du riz venu d’Asie et d’autres produits importés.
Dans cette partie de la province de l’Estuaire, dans le nord-ouest du pays, les incursions d’éléphants se multiplient. Tous les villageois sont concernés. L’espèce, classée « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature, disparaît peu à peu de la surface du globe, mais, aidée par une politique de conservation ambitieuse, sa population augmente au Gabon.
L’éléphant est l’un des principaux symboles du pays, un animal totem dans plusieurs tribus, un produit d’appel pour attirer la clientèle touristique internationale et un atout majeur pour obtenir des financements internationaux. Environ 95 000 éléphants des forêts vivent au Gabon, soit plus de la moitié de la population mondiale.
« L’éléphant ne se sent plus en sécurité dans la forêt et se rapproche des villages »
Pour de nombreuses communautés rurales, les ravages causés par les éléphants dans les champs sont perçus comme le signe d’une population en forte croissance. Mais pour Steeve Ngama, chercheur à l’Institut de…
Auteur: Adrien Marotte

