« Ils étaient tirailleurs » sur France 5 : les soldats de l’Empire colonial racontent la Grande Guerre

Né en 1892 à Mbala au Sénégal, Bakary Diallo avait vingt-deux ans quand la Première Guerre mondiale a éclaté. Pour ce berger peul, combattre sous les drapeaux était une évidence : « nous pensions qu’il était de notre devoir d’aider la France », explique-t-il dans ses mémoires publiées en 1926 sous le titre Force-Bonté. Il fut l’un des 600 000 hommes de l’Empire colonial français, de l’Indochine à Madagascar, à venir sur le continent européen participer à l’effort de guerre, soit comme soldat, soit comme ouvrier dans les usines.

Ce documentaire s’attache à faire entendre leurs voix grâce aux lettres qu’ils ont envoyées à leur famille, dont les extraits sont interprétés par des comédiens et, plus étonnant, par des enregistrements sonores réalisés par un linguiste allemand dans un camp de prisonniers. Directeur de la commission phonographique prussienne financée par Guillaume II, Wilhelm Doegen rêve alors de créer une « bibliothèque des langues du monde » et grave sur des disques de trois minutes des centaines de chants et d’histoires. Le contenu lui importe peu, seul le son l’intéresse !

De la fierté à la désillusion

Ces archives sont aujourd’hui une mine pour les chercheurs et elles apportent une touche d’émotion supplémentaire au grand récit choral composé par l’historien Jean-Yves Le Naour et le réalisateur Cédric Condon. Certains tirailleurs racontent la fierté de porter l’uniforme, d’autres la tristesse d’être arrachés à leur terre. Ils décrivent l’accueil chaleureux des Français, leur fascination pour la « puissance » du pays, leur découverte de la neige…

Puis vient le temps des désillusions, l’horreur de la guerre qui s’éternise. « C’est fou ce que les Blancs inventent pour tuer et c’est nous que l’on appelle sauvages », remarque Bakary Diallo. Grièvement blessé à la bataille de la Marne, il obtiendra la…

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Auteur: Cécile Jaurès