Quand on est placé au CRA [Centre de rétention administrative, N.D.L.R.], il y a de l’angoisse. C’est dur de savoir qu’on va être renvoyé. Ça fait longtemps qu’on est parti de chez soi, on a perdu ses repères. On se dit qu’on est venu ici chercher un avenir meilleur et qu’on a échoué.
Quand on est renvoyé au pays, il y a un sentiment de honte, la peur des moqueries. Quand j’étais en rétention, j’ai prévenu ma famille de Sierra Leone. Je leur ai expliqué ce qui allait se passer, que ça allait mal finir, que j’allais être renvoyé.
Pour qu’ils assimilent vraiment la nouvelle, qu’ils ne soient pas trop choqués. Ma famille en Guinée, avec qui j’ai grandi, je ne l’ai pas prévenue. Ça se passait très mal avec eux. Je ne leur avais pas dit que je quittais la Guinée pour venir en France.
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Au CRA de Metz, ils ont tenté de m’expulser une première fois mais j’ai refusé. Ensuite, ils m’ont enfermé au Mesnil-Amelot, tout près de l’aéroport. Cinq jours plus tard, dix policiers sont venus me chercher pour l’embarquement.
Ils pensaient que je résisterais, sauf que moi, ce jour-là, je savais que ça allait se faire et que je n’avais pas le droit de résister une deuxième fois. Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné. Même les esclaves, à l’époque, c’était mieux. Ils m’ont traîné par terre, j’avais des bleus partout dans le dos.
Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné. Même les esclaves, à l’époque, c’était mieux.
Dans l’avion, ils ont attendu le décollage pour me détacher. Dans ce vol Air France, il y avait une Mauritanienne que je n’oublierai…
Auteur: Pauline Migevant

