Katia* doit l’admettre, « les coupures d’Internet, il y a un an, personne n’aurait pensé que c’était possible ». La première fois que la vingtenaire a été confrontée à la coupure totale de réseau, elle s’est perdue pour aller chez le dentiste « à l’autre bout de Saint-Pétersbourg ». Un détail, mais qui rappelle dans le quotidien la situation politique, qui est devenue « très dure », souffle Katia. « La vie était plus facile avant. » Par « avant », Katia veut dire avant la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine en 2022. Mais elle préfère ne pas dire le mot en public. En Russie, il est interdit de parler de cette invasion comme d’une guerre. Il faut dire « opération militaire spéciale ».
Le pouvoir russe, avec Vladimir Poutine à sa tête, a fait voter la loi sur l’Internet « souverain » dès 2019. Celle-ci permet à l’État d’acquérir les moyens d’isoler numériquement la Russie du reste du monde. Les restrictions se sont accentuées depuis l’invasion de l’Ukraine de février 2022. Et encore plus ces derniers mois, où des coupures totales d’Internet ont affecté plusieurs villes russes, officiellement « pour des raisons de sécurité » liées aux attaques de drones ukrainiens.
En réalité, tout laisse à penser que c’est un moyen de contrôle supplémentaire de la population par le pouvoir. « Beaucoup d’applications et de sites sont désormais interdits. On doit même faire attention quand on fait une recherche sur Internet », assure Katia. D’après un décompte d’Evgueni Medvedev, analyste indépendant en cybersécurité cité par Le Monde, le Roskomnadzor, l’agence russe de surveillance des communications, a interdit « plus de 1,2 million de ressources », dont 439 services VPN (« réseaux privés virtuels » utilisés pour contourner les blocages en se…
Auteur: Fiora Garenzi, Pauline Mussche

