« C’est ainsi que vont les choses dans la Russie de Poutine. On fabrique sans vergogne des accusations grossières contre tous ceux qui dérangent, sans même se soucier d’y attribuer un semblant de véracité », écrivait, dès le début des années 2000, Anna Politkovskaïa. La célèbre journaliste de Novaïa Gazeta, assassinée le 7 octobre 2006, à l’âge de 48 ans, dans la cage d’escalier de son immeuble à Moscou, avait très tôt dénoncé l’autoritarisme du président russe et les exactions du régime en Tchétchénie.
Vingt ans plus tard, le journal, qui a porté ses enquêtes, vient d’annoncer qu’il cessera d’exister le 9 novembre. « Ils nous ont tués. […] Les autorités et les services spéciaux russes ont obligé la rédaction à cesser son activité », a déclaré son rédacteur en chef, Sergueï Sokolov, dans une vidéo diffusée sur YouTube. Et de déplorer : « Après plus de trente ans de vie aux côtés de notre pays et de ses citoyens, nous nous retrouverons à la rue, sans moyens de subsistance, sous la menace constante de la répression. »
Journalistes assassinés, perquisitions et attaques
Fondé en 1993 avec le soutien du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, Novaïa Gazeta s’était imposé comme l’un des principaux titres de la presse indépendante russe, investiguant sans relâche sur les violations des droits humains, la corruption des élites, les abus de pouvoir et les violences du régime. Le journal s’est aussi distingué par ses enquêtes environnementales, par exemple sur les dégâts causés par le géant minier et métallurgique Nornickel dans la péninsule du Taïmyr, en Arctique, ou encore sur les modifications législatives, sur fond de corruption, facilitant les coupes forestières et les projets de construction autour du lac Baïkal, en Sibérie, plus grande réserve d’eau douce du monde.
Cette liberté de ton, saluée en 2021 par le prix Nobel de la…
Auteur: Estelle Levresse
