Île d’Arouad (Syrie), reportage
C’est un ballet bien réglé qui se danse quotidiennement sur l’île d’Arouad. Dès le petit matin, sur le seul quai du port, des navettes maritimes déversent des centaines de personnes venues pour profiter de la douceur de ce coin de paradis. En fin d’après-midi, ces voyageurs d’un jour reprennent la mer pour rejoindre Tartous, sur la côte. Depuis la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, des familles syriennes affluent depuis Damas, Homs, Idlib ou Alep pour passer quelques heures sur la seule île habitée du pays. La majorité n’y avait jamais mis les pieds, tenue à distance de ce minuscule bout de terre par le conflit. La côte syrienne était le fief des alaouites, communauté religieuse dont est issu le clan Assad.
Vue de l’extérieur, l’île d’Arouad semble avoir été épargnée par les quatorze années de guerre. Elle n’a pas été bombardée ; elle n’a pas été assiégée, mais la Méditerranée qui l’entoure a été contrôlée par la Russie, alliée du régime Assad. À partir de 2015, des centaines de militaires russes ont vécu à Tartous sur une base navale militaire, devenue le symbole de l’alliance du pire entre Moscou et Damas. C’est une autre guerre qui s’est jouée. Silencieuse, étouffée. « Ils ont détruit notre mer », dit Ahmed Fahal.
Chaque jour, juste avant le coucher du soleil, le pêcheur de 81 ans s’installe sur sa chaise en plastique blanc pour attendre le retour des bateaux. Une cigarette à la main, le dos bien calé sur le dossier, il observe. Sa peau tannée par le soleil et son regard profond lui donnent un air de corsaire. « Je passe ma vie sur la jetée de ce port, tout le monde me surnomme le “raïs”, le président », s’amuse Ahmed Fahal.
Mais l’homme est inquiet : les poissons de qualité se font de plus en plus rares. « Il y a quinze ans, on remplissait 3 à 4 fois plus nos caisses en bois, se souvient le…
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