Antecume Pata, Maripasoula (Guyane), reportage
« Ils ont trouvé qu’il y avait du plomb dans mon corps et ont dit que ça irait dans mon bébé. Est-ce qu’on peut en mourir ? » En sortant du petit dispensaire d’Antecume Pata, Florence a la voix effacée par l’anxiété. Le fait de s’exprimer en français, langue secondaire sur cette petite île fluviale du Haut-Maroni, dans le sud-ouest de la Guyane, ne l’aide pas à formuler ses émotions. Sept cents Wayana, l’un des sept peuples autochtones du territoire, vivent dans le village.
La sage-femme de passage quelques jours par mois dans ce poste de soin de Maripasoula, l’un des plus reculés de l’Amazonie française, vient de lui diagnostiquer du saturnisme. Cette intoxication aiguë et chronique au plomb peut entraîner de graves troubles du système nerveux et digestif, transmissibles à son fœtus.
Alertes anciennes et peur d’un « nouveau chlordécone »
Alors qu’elle reprend ses esprits à l’ombre d’un carbet — les abris souvent utilisés comme lieu de rassemblement en Guyane —, la femme de 29 ans s’interroge en même temps qu’elle répond à nos questions. Était-elle déjà contaminée lorsqu’elle était enceinte de sa première fille de 7 ans, qui semble accumuler les retards de développement par rapport à ses camarades ? Et que dire du mercure, cet autre métal lourd dont elle a vaguement entendu parler, mais pour lequel elle ne se sentait jusque-là guère concernée ? « Tout ça, on ne connaissait pas avant, ça me fait peur », dit-elle.
La crise sanitaire qui couve sous la canopée n’est pas inconnue des services de l’État et de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Au sein de l’Autorité régionale de santé (ARS) de Guyane, on va jusqu’à la comparer au scandale du chlordécone dans les Antilles.
Les premières alertes ont été données dès 1994, lorsque des chercheurs bordelais ont révélé des intoxications au…
Auteur: Enzo Dubesset, Ophélie Loubat

