Philadelphie (États-Unis), reportage
Le visage émacié par des années d’errance dans la rue, Darnell (qui n’a pas souhaité donner son nom) observe en silence les préparatifs de la Coupe du monde depuis le banc sur lequel il passe désormais la plupart de ses nuits. Sous les arbres du Lemon Hill Park, où une gigantesque fan zone est en train d’être construite pour célébrer les fastes du football, cet homme à la barbe grisonnante et aux vêtements usés par le soleil dit voir davantage de policiers et d’agents municipaux patrouiller dans le secteur.
Certains sans-abri qui vivaient près du parc auraient déjà été contraints de se déplacer plus loin, dans North Philly ou vers les berges moins fréquentées du fleuve. « Ils veulent faire de cet endroit une vitrine pour le monde entier, lâche-t-il en désignant les espaces où seront installés écrans géants, scènes et zones de restauration. Mais nous, ils préfèrent qu’on disparaisse avant l’arrivée des touristes. »
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Derrière, les gratte-ciel du centre-ville se découpent dans la chaleur étouffante de cet après-midi de début mai. Entre les tours vitrées et les pelouses impeccables du parc, Darnell regarde le paysage se transformer sans avoir le sentiment d’y avoir encore une place. « La Coupe du monde, pour eux, c’est une fête. Pour nous, ça ressemble surtout à un compte à rebours avant qu’on nous chasse encore plus loin », souffle-t-il d’une voix éteinte.
L’espace de quelques secondes, Darnell jette un regard furtif vers les ouvriers affairés à préparer la fan zone puis lâche, amer : « Quand je vois les millions investis dans le football, je me demande comment une ville peut avoir si peu pour ceux qui y vivent. » La ville de Philadelphie n’a, pour l’heure, pas donné suite aux sollicitations de Reporterre.
Selon le dernier décompte…
Auteur: Joe Lamberti, Théo Quintard

