Ibiza (Baléares, Espagne), reportage
À quelques kilomètres de la promenade de Sant Antoni de Portmany, sur la côte ouest d’Ibiza, où des centaines de touristes observent le coucher du soleil, une tout autre scène se joue. « Il y a trois gros serpents dans ce piège et plusieurs autres vers l’entrée », indique un jardinier d’une propriété à Dean Gallagher.
Chaque soir, lorsque la chaleur retombe, ce résident d’Ibiza fait le tour des pièges qu’il a installés dans plusieurs résidences de l’île pour capturer des serpents. « Je reçois des appels tous les jours. Les serpents entrent dans les maisons, sortent parfois des toilettes ou des éviers. La situation est devenue incontrôlable », explique celui que les locaux surnomment le « chasseur de serpents ». Il s’est dévoué à cette tâche depuis quelques années, en plus de son activité de gestionnaire immobilier.
Inoffensifs pour l’humain, ces reptiles, qui peuvent dépasser les 2 m de long et sont capables de nager sur de longues distances, représentent toutefois une grande menace pour le lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis). Une espèce endémique d’Ibiza et véritable emblème de l’île, qui se retrouve aujourd’hui menacée d’extinction.
« Ces lézards ont évolué depuis des milliers d’années sans prédateur, ils sont devenus des proies extrêmement faciles », explique Alicia Page, chercheuse au Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf), basé à Barcelone. Cette absence de prédateur expliquerait en partie la rapidité avec laquelle les serpents se sont développés sur l’île.
Un serpent non venimeux
Jusqu’au début des années 2000, Ibiza était l’une des rares îles de la Méditerranée dépourvues de serpents. Aujourd’hui, la situation est tout autre. L’île est confrontée à une prolifération massive de couleuvres fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis). Originaire du bassin…
Auteur: Romain Chauvet

