Ils vivent en dehors du capitalisme (et ça se passe très bien)

Morogues (Cher), reportage

À Morogues, ce samedi, on plante des épinards. À plusieurs évidemment. Une ancienne bâtisse rénovée et entourée de bois et de prairies accueille des membres de la Coopération intégrale du Haut-Berry (CIHB). Quelques-uns travaillent la terre, accroupis dans le paillage, pendant que d’autres répartissent la production de la semaine dans des cagettes nominatives : courges, tomates, pickles de courgettes, coulis, confiture de mûres. Les absents viendront chercher leurs provisions plus tard. À midi, une tablée immense à nappe blanche, parsemée de l’ombre des arbres fruitiers, réunit la troupe autour d’une polenta et d’une panna cotta végane.

À première vue, la scène n’a rien de très révolutionnaire. Et pourtant, ici, faire du pain, planter des légumes, partager un repas, garder les enfants, etc., constituent les briques d’une expérience politique commencée il y a une quinzaine d’années : comment vivre ensemble sans que l’argent, la propriété et le travail salarié organisent l’essentiel de nos relations ? En somme, comment vivre hors des plus solides piliers du capitalisme ?

« L’idée est de nous affranchir, ou en tout cas de nous éloigner de modes de relation principalement marchands, basés sur de l’exploitation », résume Lulu, dans une voix aussi douce que le propos est radical. Thomas pousse plus loin : « On ne veut pas subordonner nos relations à la production. On veut subordonner la production à la relation. » Dit autrement : ne pas organiser le collectif autour de la production, mais l’inverse.

Chacun selon ses besoins

Pour comprendre, il faut remonter à 2007. À quelques kilomètres de là, plusieurs personnes ont acheté un lieu pour créer une ferme alternative. On y partage voitures et machines à laver, on cultive ses légumes. Jusqu’à ce que des habitants du coin viennent rappeler aux pionniers la limite de l’exercice : partager entre…

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Auteur: Laure Noualhat, Louis Witter