Immobilier : comment les mobilités post-Covid rebattent les cartes

La pandémie de Covid-19 a eu de nombreuses répercussions sur la société tant du point de vue sanitaire que sociale et économique. En particulier, elle a modifié les façons d’habiter et de travailler, avec la mise en place de confinements successifs et le recours massif au télétravail. Ces changements ont pu conduire les ménages à reconsidérer leur choix de localisation résidentielle et/ou les caractéristiques des logements recherchés, et ainsi avoir des conséquences sur les dynamiques urbaines et territoriales.

Ces évolutions concernent non seulement ceux qui choisissent effectivement de changer de lieu de vie mais également ceux dont le voisinage connaîtra des transformations.

Si des éléments provenant de sondages ou d’agents immobiliers ont assez rapidement commencé à mettre en lumière des modifications dans les caractéristiques des logements recherchés et le dynamisme immobilier accru des territoires ruraux ou peu denses, il commence à être possible, près de trois après le début de la pandémie, d’avoir une vue d’ensemble des transformations opérées.

Des intentions de mobilités en hausse de 20 %

La volonté de vivre en milieu peu urbanisé existait déjà avant la pandémie. Ainsi le baromètre de l’association indépendante Qualitel de 2019 mettait en évidence qu’une majorité de la population souhaiterait habiter en commune rurale ou en ville moyenne plutôt que dans une grande ville. Ce sentiment est partagé par les résidents de communes rurales et moyennes (91 % et 90 %) mais aussi, bien que dans une moindre mesure, par les résidents de métropoles (78 %) et de l’agglomération parisienne (59 %). La qualité du logement apparaît comme une des raisons principales de cette valorisation des espaces peu ou moyennement denses.

La pandémie de Covid-19 et les restrictions d’activités qui l’ont accompagné ont accru la demande de logements plus spacieux et plus ouverts sur l’extérieur, particulièrement pour les personnes vivant en appartement. Ces caractéristiques étant plus souvent celles de logements situés hors des métropoles, cela a conduit à un accroissement des intentions de relocalisation dans les zones moins urbanisées et d’achat de maison.

Une étude récente, basée sur les données de navigation sur Le Bon Coin, propose une représentation des projections de mobilité résidentielles et met en avant une hausse des intentions de mobilités de 20 % depuis les grandes villes vers les communes de petites et grandes couronnes.

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Dans la même veine, en reconstituant des flux d’intentions de mobilité sur la base d’estimations immobilières de propriétaires et d’acheteurs sur la plate-forme MeilleursAgents, les chercheuses Marie-Laure Breuillé, Julie Le Gallo et Alexandra Verlhiac montrent que les intentions de relocalisation dans le rural et d’achat d’une maison ont augmenté de respectivement 5 points et 7,4 points pendant le premier confinement par rapport à la période pré-Covid. Elles démontrent une tendance claire vers un possible exode urbain suite à la pandémie.

Concrètement, la probabilité pour un résident urbain de rechercher une résidence dans une ville urbaine plutôt que rurale est plus faible depuis le début de la pandémie, et en particulier depuis la fin du deuxième confinement.

Le télétravail lève une barrière au déménagement

Le souhait de vivre dans une maison ou en milieu rural ne se retranscrit cependant pas nécessairement dans un changement de résidence effectif. Un certain nombre de contraintes peuvent freiner ou empêcher un déménagement dans une zone peu dense. L’une des principales étant le manque d’emplois.

La théorie économique permet en effet d’expliquer que les localisations proches des emplois sont les plus valorisées. Ainsi, les prix immobiliers deviennent les plus élevés dans le centre des agglomérations, et dans les agglomérations ayant des salaires plus élevés. De ce point de vue, la pandémie de Covid-19, en accroissant le recours au télétravail, a néanmoins pu en partie lever la barrière de l’accessibilité à l’emploi, et donc faire baisser le poids de ce critère dans les choix de localisations résidentielles.

Cet accroissement du télétravail, qui fut massif lors…

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Auteur: Sylvain Chareyron, Maître de conférences en Sciences économiques, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)