C’est au 33, Newport Street, dans la ville ouvrière (principalement du textile) de Leeds, tout au nord de l’Angleterre, que le sociologue et spécialiste de littérature anglaise Richard Hoggart, né en septembre 1918, vécut une bonne part de sa jeunesse dans les années 1920 et 1930. Orphelin, élevé principalement par sa grand-mère maternelle, il connaît l’enfance et l’adolescence d’un jeune prolétaire anglais, au sein d’une famille nombreuse (sa mère avait dix frères et sœurs), se partageant une simple maison, comptant chaque penny pour vivre.
Connu pour son livre La Culture du pauvre, vite devenu un classique, traduit par Jean-Claude Passeron chez Minuit en 1970 dans la collection « Le sens commun », dirigée par Pierre Bourdieu, il y analyse l’incorporation de la culture ouvrière, ou populaire, au sein des classes défavorisées outre-Manche. Ce livre, quasi fondateur des cultural studies, se démarquant d’une analyse marxiste orthodoxe ne retenant que la classe sociale comme discriminant explicatif, ouvrit la voie à de nombreux travaux s’inscrivant dans une école de sciences sociales très anglo-saxonne.
Moins théorique, 33 Newport Street relate la formation du jeune Hoggart accédant au savoir livresque, appréhendant les affects et les étapes qui vont le mener à devenir un « transfuge de classe », pour reprendre l’appellation choisie par des autrices et auteurs comme Annie Ernaux, Rose-Marie Lagrave ou Didier Éribon (pour se limiter à des exemples français). Véritable retour sur son propre parcours, cette « autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires » se veut cette fois une introspection plus personnelle sur ce qu’il exposait dans La Culture du pauvre.
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Auteur: Olivier Doubre

