Grand-Couronne (Seine-Maritime)
« Les industriels peuvent sabrer le champagne ! » Au téléphone, Christophe Holleville, secrétaire de l’Union des victimes de Lubrizol, est amer. « On accepte la pollution du site pendant deux ans et tout ça sans aucune verbalisation. » Depuis 2023, trois entreprises jouent une partie de ping-pong cynique pour échapper au coût de la dépollution (estimée à 3,5 millions d’euros, selon l’une d’elles) d’un site d’entreposage de batteries au lithium incendié le 16 janvier 2023, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), près de Rouen. Un coin déjà connu pour un autre incendie industriel, celui de l’usine Lubrizol le 26 septembre 2019, à quelques kilomètres de là.
Le 16 janvier 2023, un feu s’est déclenché dans un entrepôt abritant 892 tonnes de batteries automobiles au lithium. Le local appartenant à Highway France Logistics 8 était alors loué à Bolloré Logistics, qui y stockait plus de 12 000 batteries pour une autre branche du groupe du milliardaire breton, Blue Solutions. Le brasier s’est étendu à deux hangars voisins, dont l’un contenait plus de 70 000 pneus.
Le 28 février dernier, la préfecture de Seine-Maritime a annoncé que Highway France Logistics 8 allait enfin dégager les restes des batteries calcinées à partir du 12 mars, pour un chantier prévu pendant sept semaines. Pourquoi deux ans ont-ils été nécessaires pour enfin agir après une telle catastrophe ?
« Les industriels se refilent la patate chaude »
À l’époque, il a fallu plusieurs jours aux 137 pompiers pour maîtriser totalement les flammes, qui ont diffusé tout autour du site des morceaux noirs de matière non identifiée, atteignant même les maisons voisines.
« On a demandé aux pompiers d’intervenir massivement, sauf qu’à l’intérieur c’étaient des batteries de technologie LMP, une batterie lithium-métal polymère, dit Jérôme Engrand, dirigeant de FMS Incendie et…
Auteur: Guy Pichard

