Alors que Marine Le Pen vient d’être condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, et à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour détournement de fonds du Parlement européen, la critique systématique de l’institution judiciaire, ou « juge bashing », prend en France une tournure inquiétante.
Sous couvert de dénoncer un prétendu « gouvernement des juges », certains responsables politiques et une frange de l’opinion publique, souvent à droite et à l’extrême droite, accusent les magistrats de vouloir influencer le cours de l’histoire en neutralisant des figures politiques. Cette rhétorique n’a aucun fondement juridique et fragilise les bases mêmes de la démocratie.
L’un des arguments récurrents avancés par les contempteurs de la justice consiste à prétendre que les magistrats s’arrogeraient un pouvoir d’interprétation de la loi contraire à la volonté populaire. Ce soupçon est infondé. Les juridictions françaises n’agissent pas en dehors du cadre légal : elles appliquent les lois votées par le Parlement. Et lorsqu’une décision judiciaire semble sévère, c’est au législateur – et à lui seul – qu’il appartient de réformer le droit sur lequel s’est fondée cette décision. Si certaines sanctions, comme les peines complémentaires d’inéligibilité prononcées avec exécutoire provisoire, paraissent excessives, rien n’empêche les gouvernants de les modifier. En réalité, le silence du législateur témoigne moins d’une emprise des juges que d’un choix assumé… ou d’une forme de lâcheté politique.
Observons par ailleurs que la tradition républicaine française a longtemps été marquée par une forme de retenue judiciaire à l’égard du personnel politique. Les temps présents appellent au contraire une exemplarité accrue des élus : ce qui ne justifie pas une justice d’exception à leur…
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