Avant de tenir un discours sur les émotions que suscitent les médias de masse, il est sage d’avouer qu’on n’en sait à peu près rien. Il est facile de décoder les effets que recherchent les médias mais, pour avoir une idée de ce que les publics ressentent vraiment, il faut refuser de parler à leur place et enquêter concrètement. Cela suppose un protocole subtil qui permette aux gens d’exprimer de manière fidèle ce qui, par nature, résiste à la conscience et au langage : leurs émotions. L’émotion médiatique est donc un objet de connaissance quasi insaisissable, à propos duquel, pourtant, on dispose d’un panel de certitudes à la fois approximatives et très rentables pour critiquer les pratiques journalistiques.
Depuis leur essor, à la fin des années 1990, dans le sillage de Franceinfo (1987) et du modèle américain CNN (1980), les chaînes d’information en continu ont été au cœur des débats sur la dérive sensationnaliste du traitement des faits et la mise en spectacle du débat public. La continuité et l’immédiateté sont ciblées comme des contraintes incompatibles avec un traitement distancé de l’information. Rien n’est plus consensuel que ces reproches, qui n’empêchent pourtant pas une consommation quotidienne de nouvelles venant des chaînes de télévision, mais aussi des radios, des réseaux sociaux ou de la presse écrite. Comment comprendre ce paradoxe ?
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Dans L’Effet BFM (éditions Uppr, 2016), Hubert Huertas raconte comment il a vécu, de la rédaction de Mediapart, les attentats contre Charlie Hebdo, en 2015. En particulier, il souligne la force d’attraction hypnotique de l’écran, auquel il reste attaché avec ses collègues pendant…
Auteur: Yoan Vérilhac

